3 questions à un expert : ADN express

Obtenir le profil génétique d’une personne en moins d’une heure, à partir d’un simple frottis buccal, in situ et sans intervention d’un spécialiste : c’est ce que promet une nouvelle technologie testée actuellement par Morpho. Explications avec James Grivet, responsable du développement en charge du projet ADN.

Pouvez-vous d'abord rappeler comment les données biométriques sont exploitées dans le cadre des enquêtes de police ?
Lorsque des enquêteurs appréhendent un suspect, ils peuvent avoir besoin de l'identifier avec certitude, mais ils sont également preneurs d'autres informations cruciales : cet individu est-il lié à des affaires passées, voire directement à l'enquête en cours ? Ils relèvent notamment les empreintes digitales du suspect, ainsi que d'autres données biométriques comme des photos du visage, puis envoient le tout vers des bases de données centrales pour identifier le suspect, et dans certains cas effectuer un rapprochement avec des affaires passées non résolues. Ces opérations se font très rapidement dans la journée, apportant aux enquêteurs un moyen très efficace de résolution des affaires. L'ADN, autre donnée biométrique clé des enquêtes, n'est aujourd'hui pas intégré dans ce processus de traitement rapide et automatisé du fait de sa complexité : des enquêteurs effectuent un frottis buccal du suspect puis transmettent ce prélèvement à un laboratoire accrédité par l'État qui établira le profil génétique de la personne. Et ce n'est qu'une fois ce profil obtenu et vérifié par des experts, qu'il est renvoyé vers une base de données centrale pour vérification et recoupements éventuels. Problème : ce processus peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, ce qui, dans certains cas, retarde considérablement les investigations qui demeurent parfois sans suite…

En quoi la donne a-t-elle changé pour l'ADN ?
Les avancées récentes de la recherche, notamment autour des nanotechnologies, de la microphysique des puces dites "microfluidiques", ont permis de concevoir des instruments intégrés capables de gérer automatiquement l'ensemble des étapes d'analyses conduisant à un profil génétique. Le fait que ces équipements travaillent à des échelles très petites et fonctionnent de façon automatique accélère considérablement les temps de traitement et les rend utilisable par des "non-experts". Et surtout, il ne faudra plus qu'une heure aux enquêteurs pour obtenir un profil génétique à partir d'un frottis buccal. On estime même que bientôt, ce délai pourra encore être réduit !

Ainsi, en rendant possible la réalisation des profils génétiques sur le terrain, rapidement et directement aux points de collecte (l'instrument peut même être installé à bord d'une camionnette), cette innovation fluidifie et accélère un processus jusqu'ici très séquencé, qui prenait beaucoup de temps alors qu'il constitue parfois une étape cruciale dans la résolution des affaires criminelles. À tel point qu'à plus ou moins long terme, les forces de police en généraliseront certainement l'utilisation, ce qui se fera bien sûr dans un cadre législatif adapté et nécessitera un contrôle strict de la part des autorités compétentes.

Où en est-on actuellement ?
Cette technologie est en phase de finalisation du procédé et de validation des données générées. Morpho envisage avec beaucoup d'intérêt de l'intégrer à son offre dans le cadre de partenariats technologiques. Nous testons actuellement les tout-premiers prototypes, de façon à vérifier avec certitude la fiabilité des résultats obtenus quelles que soient les conditions d'utilisation. Les premiers déploiements à grande échelle pourraient ainsi commencer à partir de la fin 2013.

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