Le nouveau visage de la vérification d'identité

À mesure que la protection des identités s’impose à notre monde numérique, comment les autorités relèvent-elles le défi de la vérification d'identité ? M. Erik van Dijk, chef de produit documents et sécurités fiduciaires, dresse le décor.
Améliorer l'efficacité et la fiabilité de la vérification d'identité

Quelles sont aujourd'hui les principales tendances de la vérification d'identité ?

Pour l'instant, il est évident que les autorités s'en remettent encore principalement à l'inspection manuelle des documents d'identité et à leur authentification grâce à des techniques comme, entre autres, la vérification de sécurités fiduciaires imprimées en haute résolution. Cependant la transition vers une vérification automatisée s'opère rapidement ; des lecteurs de documents installés dans les sas automatisés permettent déjà le contrôle des passeports aux frontières. La recherche s'intéresse également au stockage sur smartphone des documents d'identité, à commencer par les permis de conduire et au développement de techniques d'envoi des photos des documents d'identité à des bases de données distantes pour les authentifier grâce à des registres hébergés sur des serveurs Cloud. Ces évolutions ouvrent la voie à de nouveaux cas d'utilisation pour la vérification d'identité permettant, par exemple, aux employeurs de vérifier l'identité de nouveaux candidats, aux agents de locations de voiture de vérifier l'identité et l'âge des clients ou encore aux hôtels de vérifier les documents d'identité de leurs clients. Aussi, ce qu'il est important de retenir c'est que même si la vérification d'identité repose encore principalement sur une relation humaine, avec une contribution assez relative des machines, elle évolue vers une relation de mobile à personne et aussi de machine à machine.

 

Quelle motivation pousse le marché vers une vérification 
assistée par les machines ?

Le principal enjeu est d'améliorer l'efficacité et la fiabilité de la vérification : il faut pouvoir vérifier que le document est authentique, qu'il n'a pas été  falsifié et qu'il appartient bien à son porteur. Dans certains cas précis, ces opérations doivent être effectuées manuellement et impliquent aujourd'hui l'intervention de spécialistes. La technologie est clairement la clé de la vérification, à tous les niveaux ; l'exemple des transports aériens est révélateur. Selon les estimations, le nombre de passagers devraient passer de 3,7 milliards en 2016 à 7,2 milliards en 2035. Face à une telle explosion, il est donc crucial d'accélérer le processus de contrôle des passeports et de ne plus dépendre du nombre d'experts disponibles pour cette tâche. Grâce à la technologie, la vérification devient accessible aux non-spécialistes, y compris aux utilisateurs eux-mêmes, mais aussi aux machines.

Secure border authentification
Vérification automatique de passeport et authentification biométrique du porteur à l'aéroport d'Abu Dhabi

Mais alors, pourquoi cette technologie ne rencontre-t-elle pas plus de succès ?

Tout d'abord, tous les documents, les passeports, les permis de conduire ou les autres formes de document d'identité, ne sont pas dotés de puce RFID. Ensuite, tous les appareils ne sont pas capables de lire une puce. Pour cela, un smartphone devrait pouvoir se connecter par NFC, ce qui n'est pas le cas de tous les modèles, et certains offrant cette connectivité NFC, tel que l'iPhone d'Apple, ne communiqueront pas avec la puce. Enfin, la puce ou son antenne peuvent être endommagées. Les faussaires recourent parfois à leur sabotage pour mettre en défaut les vérifications de sécurité de la puce et s'assurer d'un contrôle exclusivement manuel. 

 

Quels obstacles empêchent le contrôle mobile et à distance de se développer ?

Il est évident que les dispositifs de sécurité développés au cours des 50 dernières années, pour le test appelé « toucher, regarder, incliner », ne sont pas vraiment adaptées aux smartphones ni aux contrôles à distance depuis un serveur. Lorsque vous examinez un document sur un smartphone, les couleurs sont altérées, vous ne pouvez pas le tenir en main ni l'incliner, toutes les caractéristiques décelables sous infrarouge ou sous ultraviolet sont anéanties et vous ne pouvez pas l'agrandir, faute d'une résolution suffisante. Notre défi est donc de garantir que les dispositifs d'authentification d'un document peuvent évoluer avec nos méthodes de vérification.

 

Quelles sont les options pour utiliser les smartphones dans la vérification 
des documents d'identité traditionnels ?

La situation est mitigée. Si l'utilisation de filtres spéciaux et de l'analyse spectrale permet de détecter les faux documents bas de gamme sur un smartphone, les contrefaçons de haute qualité sont une toute autre affaire. Il est alors nécessaire d'utiliser un appareil photo haut de gamme et d'avoir une connaissance préalable du document, de son contenu et de ses caractéristiques physiques. Autre inconvénient, lorsque vous dirigez l'objectif de l'appareil photo de votre smartphone vers un document, la photo sera prise avec un certain angle, même léger. Et cette photo devra ensuite être confrontée à un enregistrement électronique du document, qui logiquement ne présente, lui, aucun angle d'inclinaison. Il devient alors clair que le processus d'authentification doit être capable de tolérer ces variations afin d'être efficace. Pour l'heure, cette technologie est encore en phase de développement. Toutefois, avec le développement rapide des algorithmes et de la qualité des appareils photo embarqués sur les smartphones, il y a de fortes chances que cette technologie s'améliore rapidement.

 

Pourquoi ne pas privilégier la vidéo plutôt que la photo pour enregistrer 
un document d'identité ?

En théorie, elle permettrait techniquement de vérifier certains éléments d'un document. Reste que son utilisation n'est pas aussi simple, il faut pouvoir gérer la mise au point et le cadrage de l'ensemble du document. Cette tâche, loin d'être très simple à mener, risque, je le crains, de produire majoritairement des enregistrements vidéo inexploitables. Le choix de la vidéo impliquerait alors une formation spécifique que nous cherchons justement à éviter puisque le principe est de confier la vérification à des non-spécialistes.

 

Quelles modifications devons-nous donc apporter aux documents d'identité pour faciliter leur vérification avec un smartphone ?

Trois méthodes sans puce le permettent, mais elles ont toutes leurs défauts. Vous pouvez par exemple, ajouter à un document un sceau numérique contenant des données et prouvant son authenticité sous la forme d'un code-barres 2D. Le désavantage est que les codes-barres ne sont pas permis sur les pages de données des passeports et ne disposent pas de la capacité de stockage suffisante pour contenir une photo d'identité. Une autre option, celle de " l'empreinte numérique ", consiste à ajouter un élément ou une marque microscopique à un document pour le rendre unique. Elle permet bien de déterminer si ce document est unique, mais elle n'indique malheureusement pas s'il a été falsifié, en changeant la date de naissance ou la photo par exemple. Troisième option : le « marquage numérique ». Les données des personnes sont alors intégrées, de manière invisible, à une photo d'identité. Dans ce cas, le problème est que cette technique dégrade la qualité de la photo et rend difficile l'identification de la personne. Nous faisons globalement des progrès pour mettre la technologie au service de la vérification des documents d'identité. Mais nous avons encore du chemin à parcourir.

 

Quelle innovation OT-Morpho compte-t-elle apporter dans ce secteur ?

Nous développons une nouvelle forme de vérification utilisable en ligne et hors ligne, et depuis votre propre lecteur de document ou smartphone. Elle s'adressera initialement aux passeports, permis de conduire et cartes d'identité, et sera ensuite perfectionnée pour être capable de vérifier les futurs documents d'identité mobiles. La protection de la vie privée intégrée dès la conception (Privacy by Design) en sera l'un des piliers.

 

Erik van Dijk - OT-Morpho
Erik van Dijk, chef de produit documents et sécurités fiduciaires chez Morpho