Les défis posés par l’analyse vidéo dans le système judiciaire américain

Par B. Scott Swann, Directeur général adjoint de l’Innovation chez MorphoTrak, filiale américaine de Morpho aux Etats-Unis

Nous nous rapprochons à grands pas du moment où l'analyse vidéo ne sera plus seulement une technique au service d'une enquête a posteriori ou appartenant au domaine des solutions qui font rêver. Car aujourd'hui, les méthodes radicales et chronophages traditionnellement employées par les forces de l'ordre ne sont pas efficaces dès lors qu'il s'agit de traiter d'immenses quantités de séquences vidéo et d'images. En fait, le problème des volumes considérables de données vidéo traités par les services de police judiciaire est aggravé par la perception renforcée du public selon laquelle la preuve numérique peut et doit être traitée rapidement. Les tribunaux s'attendent eux aussi très souvent à ce que des séquences vidéo soient présentées lors des procès. C'est une plaisanterie courante parmi les cadres de la police américaine de dire que si un crime n'a pas été filmé, les tribunaux considèrent qu'il n'a pas eu lieu. Bien sûr, cette caricature ne représente pas vraiment l'état de notre système judiciaire, mais elle montre toute de même assez bien comment les citoyens américains attendent du gouvernement qu'il soit en phase avec les progrès technologiques.

La Journée des patriotes du 15 avril 2013 a mis l'accent aux États-Unis sur l'importance de la vidéo pour les enquêtes. Pendant l'enquête sur l'attentat à la bombe au marathon de Boston, le FBI a travaillé étroitement avec la police locale, en faisant appel au public. Il a été inondé de vidéos et d'images numériques venant de citoyens lambda, d'équipes de télévision et d'entreprises gérant des caméras de surveillance. Les vidéos et images recueillies étaient d'une trop grande diversité, et en trop grand nombre, pour que des agents puissent les traiter attentivement et les évaluer rapidement.

En définitive, le FBI est parvenu, par une enquête criminelle exceptionnelle, à tirer parti des séquences vidéo des commerces et à identifier les suspects de l'attentat à la bombe. Cette affaire est venue renforcer la prise de conscience du fait que les moyens privés peuvent être très utiles pour aider à l'assimilation, au partage et à l'exploitation des preuves numériques obtenues par moyen vidéo. L'étude sur les principaux problèmes posés par l'analyse vidéo, menée par le FBI peu de temps après l'attentat à la bombe de Boston, a fait apparaître que la vidéo représentait un défi inter-services allant bien au-delà du périmètre de compétence des forces de l'ordre. Plus de 40 agences ont participé à la Journée FBI du secteur de l'analyse vidéo en janvier 2014, pour partager problèmes et besoins, et pour promouvoir la collaboration entre justice pénale, défense, sécurité intérieure et autres organismes publics de sécurité.

Les événements tragiques tels qu'un attentat à la bombe sur un marathon représentent une faible proportion des problèmes que pose la vidéo à la justice pénale et aux acteurs de la sécurité publique. La preuve numérique est essentielle dans une majorité d'affaires au niveau fédéral, au niveau de l'État et au niveau local. Les caméras de surveillance, les caméras vidéo corporelles et les vidéos des interrogatoires en garde-à-vue contribuent au volume de preuves vidéo qu'il faut examiner pour lutter contre le crime et protéger nos frontières contre la menace terroriste.

La technologie actuelle de traitement vidéo offre de nouvelles capacités d'automatisation formidables pour la sécurité publique. Néanmoins, la technologie à elle seule ne suffira jamais à élucider un crime. Comme l'a montré l'enquête sur l'attentat à la bombe de Boston, le capital humain reste la ressource la plus critique pour mener une enquête avec succès. L'automatisation crée un environnement qui aide à avoir accès aux données les plus pertinentes et qui offre une technologie venant appuyer l'expertise des enquêteurs dans l'exploitation la plus rapide possible des renseignements utilisables. 

Les menaces à la sécurité nationale sont de plus en plus complexes et la grande criminalité continue de progresser. Les solutions d'analyse vidéo ont des capacités inégalées en matière d'identification et pour établir des corrélations qu'il était impossible de mettre en évidence auparavant. Les réalisations actuelles en matière de solutions d'analyse vidéo démontrent la faisabilité de l'analyse automatisée en tant que moyen pour les enquêteurs d'éviter l'examen fastidieux de bandes vidéo brutes interminables pour rechercher, comme on dit, une « aiguille dans une botte de foin ». Les solutions d'enquête qui incorporent l'analyse vidéo démontrent la valeur de la solution en tant que démultiplicateur, et ce dès à présent, sans attendre demain.

L'analyse automatisée sert à la recherche d'individus déjà identifiés sur une vidéo par rapport à une multitude de vidéos n'ayant a priori aucune relation entre elles. Les enquêteurs obtiennent ainsi des renseignements utilisables et des indices au bout de quelques heures au lieu de quelques jours. Si l'on réfléchit à court terme, la recherche est dotée des ressources adéquates et est en bonne voie pour aboutir à des solutions futures incroyables basées sur le big data et les analyses vidéo. Sans doute, l'adoption mondiale de cette technologie demandera de nouvelles compétences, une formation spécialisée et une évolution des politiques ainsi que des procédures opérationnelles standard. Les règles de conservation des données et de recevabilité pour les tribunaux demanderont à être soigneusement examinées au plan législatif. Néanmoins, tout cela n'empêchera pas l'analyse vidéo de jouer un rôle de plus en plus important dans la vie de tous les jours des hommes et des femmes qui protègent les citoyens américains.

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